L’Oeil d’Horus – Atumic Mummy Drag

Pegi public intermédiaire

« L’œil d’Horus » est une déclamation poétique écrite à des fins performatives, pour mon personnage drag Atumic Mummy. A partir d’une mythologie revisitée, il parle d’actualité, d’identité, de justice, de violence et d’amour communautaire. Certains exercices d’écriture animés par Lila Lakehel m’ont permis de trouver des métaphores. Le texte a été dit pour la première fois lors d’un événement du Taillevent au Wattignies le 6 mars 2026.

L’Œil d’Horus

Aujourd’hui
Je vois avec l’œil d’Horus
Je me regarde avec l’œil d’Horus
Je regarde mon vécu avec l’œil d’Horus
Je regarde autour de moi avec l’œil d’Horus
Je vous regarde avec l’œil d’Horus
Je regarde l’actualité avec l’œil d’Horus
Le mauvais comme le bon

Horus, l’éternel enfant chétif en proie aux conflits de ses aînés
Qui n’a rien demandé mais vraiment rien demandé 
Et qui doit quand même jaillir à la rescousse
Comme un lièvre bondissant entre la vie et la mort
Osiris, le père, d’abord le frère nourricier trahi et découpé par Seth
Puis l’époux qui ne serait franchement pas grand chose sans sa femme Isis
Isis, la Queen, celle qui n’a jamais rien lâché
L’héroïne qui est partie à la quête de ses fragments et qui l’a rapiécé malgré les dangers
Seth, le vilain, la brutalité nécessaire à la bonne marche du monde
Qui aide pourtant le Dieu Soleil à lutter contre le serpent de la nuit
Horus, l’enfant posthume de la première momie
Fils d’une déesse funéraire venu au monde avec l’ambition de le changer

Horus
C’est Osiris sans ses bandelettes
Qui peut enfin déployer ses ailes, libre et triomphant
C’est Isis régnant face à la mort
Qui peut enfin tisser du lien avec les vivant•es
C’est le petit poussin qui n’oublie pas qu’il a été un jour vulnérable
C’est le blessé à qui il ne reste rien d’autre que leurs regards plein de blâme
C’est le Phénix qui renaît de ses cendres, incandescent
Après avoir crié de toute sa flamme dans le vide de l’indifférence
C’est l’absurde créature hybride qui devient oiseau arc-en-ciel
Tel le sage et généreux oiseau Simorgh
C’est le griffon d’or rouge sang
C’est le griffon d’Horus qui prend son envol

Horus
Détruit puis répare
Il brise le cycle de la violence
Au profit de celui de la vie
Il hérite de la douleur et de l’amour
Pour transmettre protection et guérison
Avec véhémence
Il garantit l’harmonie cosmique
Sans cesse, il doute
Car rien n’est jamais manichéen
Bataille invisible, chemin de croix
Il est intransigeant avec lui-même
Mais mieux vaut porter une croix de vie qu’une croix de mort
Et l’Oudjat 
Tantôt bec affûté, griffes acérées
Tantôt ailes caressantes, doux foyer
Tantôt Osiris fertile, tantôt Seth sauvage,
Et parfois Isis qui lave son chagrin dans les eaux du Nil
Sans cesse, il pèse ses propres plumes
Pour mesurer la pureté de son cœur

Aujourd’hui
Je nous regarde avec l’œil d’Horus
Le mauvais comme le bon
Quelle est la différence entre un homme qui tue une femme et un homme qui la laisse crever ?
Je ne sais pas ce qu’ils graveront sur ma tombe.
Quelle est la différence entre une société qui se débarrasse de ses plus vulnérables et une société qui les laisse crever ? Celleux dont on ignore la détresse et les droits dans la rue, au boulot, dans les hôpitaux, et le droit de mourir dignement quand la vie digne coûte trop cher. Mais même dans la mort, on leur retire toute humanité.
Quelle est la différence entre un pays qui en détruit un autre, et un pays qui le laisse crever ? 
Je suis né•e à Guizeh, en banlieue du Caire. A vol d’oiseau, le Caire-Gaza, c’est un Paris-Nantes. Et les oiseaux passent de génocide en génocide, de guerre en guerre. Congo, Soudan, Iran, Liban, Ukraine, et ailleurs. C’est la guerre qui migre, finalement, pas les gens.

Aujourd’hui 
Je vois en deuil d’Horus
Deux-œils en deuil
Le mauvais comme le bon
Je n’ai peut-être pas encore choisi entre les deux yeux
Œil pour œil dent pour dent je tranche comme les larmes du deuil
Deuil de ce que j’aurais pu vivre ou être
Et de toutes celles et ceux qui partent trop tôt
Deuil de mes sœurs victimes de violences psychologiques, physiques, sexuelles et sexistes
Deuil des droits des personnes sexisées et de la protection des enfants
Deuil de mes adelphes sous les bombes
Deuil des suicides trans, handi et les autres
Deuil des mêmes meurtres et des crimes racistes
Deuil de l’écologie, du respect des animaux et d’un monde sans IA ni surveillance
Deuil de la démocratie et de la compassion
Deuil du pouvoir d’améliorer les choses
Deuil de la justice humaine 
Et de la divine aussi

Aujourd’hui
Je nous regarde avec l’œil d’Horus
Le mauvais comme le bon
Je suis moi ou peut-être autre
Je porte les plumes de l’ange martyr et de la sorcière corbeau
Du faucon ambivalent et de la colombe meurtrie
De la cigogne innocente qui attend une renaissance
Et l’héritage de tous mes ancêtres

Ma peau est blanche comme des racines cachées sous le mauvais arbre
Mais je suis la fleur imprévisible qui pousse d’une mauvaise graine
Je suis l’ensemble des minorités qui s’imbriquent et s’excluent
Je suis toujours à la frontière du nous
Je suis Azur et Asmar du conte
Les frères de lait aux contrées opposées 
Je suis l’enfant qui traverse l’océan
Et la fée des Djinns qu’il libère
Je suis la lumière des retrouvailles dans les pupilles
Je suis colon envahi•e, queer arabe et copte con,
Je suis trop grave ou trop peu
Je suis lucide et malade
Je suis cadavre, tombeau, vaisseau, homme ou femme, arbre ou oiseau
Et tous les autres noms un peu moins beaux qu’on m’a donnés
Mais je serai toujours vous, avec vous, nous, aimé•es et plus solides à plusieurs

Ma momie a mille bandelettes
Elle prendra la forme qu’elle voudra bien
Ouvrant tous les possibles
Je suis un mille-pattes dans la boue
Que l’on traîne dans la boue
Et tout le monde s’en fout
Existant depuis les origines
Purifiant et fertilisant les terres
Cela doit être long pour le mille-pattes d’avancer, pas à pas
Cela doit être lourd pour le mille-pattes de marcher au pas
Deux pattes avec des gants de boxe
Et deux coups de pied dans la fourmilière
Une main sur le cœur et un doigt d’honneur
Une main innocente et une main de fer
Une main généreuse et une dans leur gueule
Une main qui écrit et une main qui joue
Deux mains de couleurs différentes
Deux mains qui prient
Deux mains tendues
Deux mains qui se tiennent
Les deux pieds sous la table
Mille et une nuit, mille et une pattes, multicolore
Je sais qu’il y en a d’autres parmi vous, des mille-pattes
Et toutes mes pattes et toutes vos pattes ensembles
Je voudrais qu’on vive non pas chacun chez soi mais chacun chez l’autre
Qu’on pleure autant de fois qu’il le faut
Que nous médisions sur les racontars
Pour raconter le vrai dans le faux
Que nous éclations de rire avant d’exploser
Que nous fassions la révolution enlacés dans le canapé
Et que nous nous embrassions dans la rue en lutte

Aujourd’hui
Je nous regarde avec l’oeil d’Horus
Le mauvais comme le bon
Et à travers cette amulette
Une lueur d’espoir m’apparaît

Œuvre visuelle

Adelyx

L’œil d’Horus, 2026

Selfie au smartphone, montage et retouches numériques sous Affinity. 1080x1350px.
Typographie : Skandal



Atumic Mummy : Performance, modèle et photographie

Tous droits réservés à Adelyx.

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